Les démissions d’enseignants en nette augmentation depuis 5 ans

Fernandel dans Topaze.
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C'est un rapport parlementaire sur le budget de l'Éducation nationale qui a révélé l'hémorragie : depuis 2012, le nombre de démissions d'enseignants augmente chaque année. Chez les professeurs stagiaires du 1er degré, elles ont tout simplement triplé en 5 ans.

D’après les chiffres fournis par le ministère, les sénateurs notent qu’ « en 2015, 434 démissions ont été constatées, pour les enseignants stagiaires du premier degré, « soit 3,18 % des recrutés, contre 1,08 % en 2012 ». Cette hausse des départs est également enregistrée dans le second degré : 371 démissions recensées au cours de l’année 2015-2016 contre 120 sur la période 2012-2013. Plus inquiétant, les professeurs titulaires sont aussi touchés par ce phénomène : 539 démissions chez les titulaires du premier degré en 2015-2016 contre 299 en 2012-2013. Une progression équivalente dans les collèges et lycées, avec  416 démissions en 2012-2013 pour arriver à 641 en 2015-2016.

Comment expliquer cette augmentation qui est loin d’être anecdotique ?

Le site Public Sénat rapporte les éléments de réponse suivants : « Il y a bien sûr des raisons propres liées aux difficultés de l’année de stage, où les professeurs doivent mener de front la fin de leur formation, parfois des travaux de recherche, et l’enseignement. Mais de manière plus générale, on note que le métier n’est plus suffisamment attractif. Le recrutement se fait à bac+5 avec des salaires très bas et des conditions de travail parfois très dures. L’enseignant n’est plus le hussard noir de la République ».

Un métier trop difficile et mal payé seraient donc les principales raisons.

C’est avant tout l’Éducation nationale qui a démissionné

Sans présumer des résultats d’une éventuelle enquête sur le sujet, nous ne pouvons nous empêcher de penser que ces raisons ne sont pas les plus importantes. La clé se situerait plutôt dans la dernière phrase de la citation : « L’enseignant n’est plus le hussard noir de la République ». Il est probable que de nombreux candidats au métier d’enseignants soient en effet nourris de cette image de l’enseignant : un maître représentant l’autorité et dispensant un apprentissage indispensable à des élèves respectueux. Aujourd’hui, chacun de ces aspects est battu en brèche : l’enseignant n’est plus « maître d’école » ; son autorité est sans cesse contestée, par ses élèves d’abord, par les parents ensuite, mais aussi par sa hiérarchie ; l’enseignant n’enseigne plus, il aide l’élève (« l’apprenant ») à trouver les connaissances en lui-même.

Il est intéressant de constater que parallèlement des écoles redonnant cette place de figure d’autorité à l’enseignant arrivent à recruter malgré des conditions matérielles au moins aussi difficiles et des salaires souvent moins élevés. Certains établissements peuvent même s’offrir le luxe de refuser des candidats jeunes et motivés, parfois même dans des Zones d’éducation prioritaire, comme par exemple le Cours Alexandre Dumas, de la Fondation Espérance Banlieue.

Pour renverser cette courbe dramatique, peut-être serait-il utile en effet de revaloriser les salaires et de donner plus de moyens matériels aux enseignants. Mais surtout faudra-t-il leur redonner l’autorité, face aux élèves, face aux parents, face à leur hiérarchie.

Inutile de dire que ça implique de faire exactement l’inverse de ce que fait l’Éducation nationale depuis plusieurs décennies. C’est ce que font les écoles libres. Avec le succès qu’on sait. Nous continuerons à les y aider.