Le Medef sur l’éducation : de bons moyens ne justifient pas une mauvaise fin

En cette période de campagne pour les législatives, le Medef va lancer un manifeste inédit "pour l'éducation", dont "Le Parisien" présente les grandes lignes. On y constate rapidement que, si les constats sont justes et si certaines propositions sont bonnes, le Medef s'égare complètement sur l'objectif de l'école.

Parmi les constats posés par le Medef :

  • « Il faut des réformes structurelles profondes, il n’y a pas d’autre choix. »
  • « En janvier déjà, dans le « livre bleu » remis par Pierre Gattaz aux candidats à l’élection présidentielle, l’école figurait comme le premier champ de réforme nécessaire à ses yeux. »
  • « Il s’inquiète qu’un enfant sur cinq passe au collège sans maîtriser les savoirs fondamentaux en compréhension de l’écrit et en calcul. »

Ces constats, nous les partageons : bien sûr qu’il est scandaleux et dramatique que tant d’enfants sortent du système scolaire sans savoir bien lire, écrire et compter ; bien sûr qu’il est indispensable de réformer l’école rapidement et en profondeur. Le succès de l’école hors-contrat le prouve : les méthodes de l’Éducation nationale ne fonctionnent pas, n’apportent pas aux enfants ce dont ils ont besoin.

Nous partageons également la plupart des solutions proposées par le Medef : « davantage d’autonomie des établissements scolaires […] et une évolution de la pédagogie pour mieux repérer les talents, les aptitudes et les motivations ». Cette autonomie est aussi une des clés du succès des écoles libres. Aucune méthode ne peut convenir à 100% des élèves : il est donc indispensable que plusieurs méthodes cohabitent, pour que chaque élève puisse trouve une école répondant à ses besoins spécifiques. Et il est également indispensable que ces méthodes soient choisies en fonction des élèves, ce qui implique de les connaître et de pouvoir s’adapter à eux, à leurs forces, à leurs faiblesses, à leurs envies.

« Rendre les jeunes 100% employables »

Jusqu’ici, nous sommes donc plutôt en accord avec le Medef : ses constats sont ceux posés par toute personne capable de regarder les choses avec objectivité, et les solutions proposées sont déjà appliquées avec succès par les écoles libres. Il ne fait donc nul doute qu’elles permettraient à l’Éducation nationale de sortir du marasme. Encore faut-il le vouloir… et le pouvoir, mais c’est une autre question.

Notre plus grand point de désaccord – et il est profond et grave, ce désaccord – porte sur l’objectif de ces réformes. Pour le Medef, s’il faut réformer l’école, c’est pour qu’elle parvienne enfin à rendre les jeunes « 100% employables ».

Bien sûr, il est normal que le Medef pense à l’avenir professionnel des jeunes : c’est son rôle. Mais la formulation reste problématique : dire d’un jeune qu’il est « employable », c’est le placer d’office dans la position d’objet, et non dans la position d’acteur. Il est d’ailleurs étonnant qu’une organisation patronale n’envisage les jeunes d’aujourd’hui que comme de futurs salariés… et pas comme de futurs membres, c’est-à-dire comme de futurs entrepreneurs. C’est assez révélateur d’un certain état d’esprit.

Nous, au contraire, pensons en même temps que les écoles avec qui nous travaillons que le rôle de l’école est justement d’aider ces jeunes à devenir pleinement acteurs, c’est-à-dire à acquérir la capacité de choisir et de construire leur avenir.

Si les propositions du Medef nous semblent bonnes, nous les soutiendrons. Mais sans jamais oublier de rappeler que le rôle de l’école n’est pas de produire de bons petits soldats de notre système économique, mais bien d’éduquer des hommes et femmes libres, dans tous les aspects de leur vie.

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